Histoire de la guilde : de AT:BH vers NBH

Discussion dans 'Annonces du site' créé par Hotaru, 30 Octobre 2014.

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  1. Hotaru

    Hotaru Membre du personnel Modérateur

    Avant propos : l'histoire qui suit a pour but de raconter la transition de la bande Aelanna Tesla : Bounty Hunting (que nous formions du temps où nous étions chez Sibylla) vers Némésis - Bounty Hunting, en plus de compléter celle disponible sur notre page RSI. Les membres de l'organisation cités étaient présents dans la bande Aelanna Tesla : Bounty Hunting, il est donc normal de ne pas trouver les pseudos de ceux nous ayant rejoints bien après. J'ai terminé d'écrire ce RP (qui contient 6 chapitres, de plus en plus longs), mais je pense y apporter quelques modifications pour enrichir cette histoire (rien qui ne modifierait cependant la trame principale, pas d'inquiétudes).

    Bonne lecture !

    Index : (ctrl + f pour reprendre là où vous en étiez ;) )
    Chapitre 1 : La machine
    Chapitre 2 : Le fantôme
    Chapitre 3 : Le tigre et le lion
    Chapitre 4 : Le sniper
    Chapitre 5 : La meute
    Chapitre 6 : Némésis



    Chapitre 1 : La machine

    Les jours s'enchaînaient, les entraînement se compliquaient, les implants cybernétiques se faisaient plus nombreux... Elle avait beau essayer de comprendre, elle avait beau suivre les recommandations de cet homme qui se tenait derrière un miroir sans teint pour lui parler dès le réveil, artificiel, elle se sentait doucement partir un peu plus chaque jour. "Pour ton propre bien", lui avait-on dit. Le bien, elle n'en comprenait plus la signification. Le bien ne lui avait apporté que souffrance, crises de délire, et... ça. Ça, qu'elle regardait avec dégoût dans ce miroir sans teint. Ça, qui s’emparait dans son corps un peu plus chaque jour, chaque heure, chaque minute. Ça, que son père appelait "une renaissance". Elle s'en fichait pas mal, de renaître. Elle n'avait pas fini de vivre une première fois, qu'elle devait se débarrasser de son corps pour... ça. Pour des prothèses robotiques, des implants cybernétiques, une peau froide et sombre qui ne dégage ni chaleur, ni confort.

    Des fois, elle y repensait. Des fois, elle en souriait. Certaines images restent floues. Native de Lyon II, Aelanna est la descendante du célèbre Nikola Tesla. Jusqu'à ses quinze ans, Aelanna est une humaine de chair et de sang. Sur ordre de son père, elle subit une cybernétisation poussée dans le but de la "protéger" d'une schizophrénie déclarée, mais aussi dans le but inavouable de poursuivre des recherches sur la fusion d'une conscience et d'une IA. Mais ça, ça n'avait plus d'importance. Plus depuis ce soir de Septembre 2941 où, alors âgée de 18ans, elle perdit ce qui lui restait encore : sa famille. Après le meurtre de ses parents à leur domicile, sur Lyon II, Aelanna comprit que son corps cybernétique, constitué à 85,12% d'implants hardwares et bioniques d'origine militaire, n'était pas la chose la plus douloureuse qui lui soit arrivée. Bien sûr, c'était le travail de son père qui l'avait sauvée : elle se reposait de la dernière "mise à jour" dans ses quartiers souterrains lorsque des individus malintentionnés pénétrèrent dans le manoir Tesla. Mais c'était aussi le travail de son père qui l'avait privée de liberté et donc de l'occasion de protéger les siens. Le lendemain, il ne restait plus que des marres de sang séché, deux corps, et un symbole, tracé entre les cadavres des parents d'Aelanna avec de l'essence et du feu. Ce symbole, elle le connaissait : celui d'Eric Magnus, un terroriste qui affolait à cette époque les nouvelles du Spectrum. Quand elle ne dormait pas ou qu'elle ne s'entraînait pas, regarder ce qui se passait dans le reste de l'UEE était tout ce qui lui faisait oublier la machine qu'elle était devenue. Ce carré renfermant un M était la seule piste qu'elle avait. Certaines images restent floues, mais pas celle-ci. Celle-ci, elle ne l'oublierait jamais.

    Parce qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, et parce qu'elle était trop jeune au moment des faits, personne n'avait daigné l'aider à obtenir justice. Ni la police, ni même les deux agents dépêchés ce soir-là sur les lieux du crime. Certaines images restent floues, mais elle se souvient que l'un des agents s'était affolé en voyant le symbole de Magnus. Elle les avait observés depuis le passage secret menant au laboratoire de son père. Cet agent qui était en train de perdre ses moyens, il semblait vouloir quitter les lieux sur le champs. L'autre ne se dégonflait pas. Cette dispute n'était pas anodine, puisque l'affaire fut rapidement classée. Malgré ses tentatives ultérieures, Aelanna n'obtint jamais la réouverture du dossier. Entre régler une affaire de meurtre datant de plusieurs années et fortifier les défenses de la planète en vue de la prochaine attaque Vanduul, il fallait faire un choix de priorité. Et l'UEE préférait se concentrer à sauver des vies par millions plutôt que d'aller troubler la paix des morts. Ainsi un simple mandat d'arrêt fut formulé à l'encontre d'un groupe de traficants - probablement innocent de ce meurtre-ci - mais tout le monde sait que ce genre de mandats ne débouche jamais sur une arrestation.

    Aelanna était résolue à retrouver les hommes qui avaient pillé et tué cette nuit-là, quelques étages au-dessus d'elle. À vingt-deux ans, Aelanna se lance dans la traque de criminels en ayant l'intime conviction de pouvoir retrouver le meurtrier de ses parents. Elle arpente les villes, les planètes et les systèmes les plus mal famés de l'univers. Elle observe, apprend, et chasse. Trois ans après ses événements, Aelanna Tesla - Bounty Hunting fut créée. Cette agence de détectives et chasseurs de primes serait la rampe qui l'élancerait vers les étoiles... et vers sa proie. Magnus.

    Ce corps métallique qui tintait et grinçait lors d'efforts intensifs ne représentait plus le poids de la maladie : c'était une arme. L'arme de la vengeance. De sa vengeance.



    Chapitre 2 : Le fantôme


    C'était la quatrième fois qu'il passait par là. Les ruelles étaient mal éclairées et la pluie dense n'arrangeait rien, mais il aurait reconnu ce clochard entre mille. Et l'enseigne à moitié clignotante au-dessus de lui. Foutu pour foutu, je ferais mieux de retourner au vaisseau pour aller me chercher un autre contrat. Sur le chemin du retour - ou ce qui s'en rapprochait le plus, tous les trottoirs se ressemblent quand vous marchez tête baissée, la pluie vous fouettant le cou - il repassait en revu les informations qui lui avaient été transmises. Il savait que sa cible habitait dans les bas quartiers de Prime, que c'était un homme à la carrure imposante, qu'il avait égorgé des familles entières simplement pour passer le temps et qu'il finissait toujours par réserver le même sort à ceux qui le traquaient. Ça tombait bien, c'était justement ce qu'il faisait : traquer une bête de nuit afin d'en conserver un trophée. En l’occurrence, de quoi payer ses frais de déplacement passés et futurs, son loyer et quelques repas plus ou moins - disons moins que la normale l'exigerait - équilibrés.

    Sa Luciole l'attendait à l'emplacement où il l'avait laissée : à côté d'un Freelancer miteux, probablement volé, et devant une supérette de premier prix. La porte s'ouvrit lentement, l'échelle descendit, et il grimpa un à un les barreaux qui le rapprochaient un peu plus de son forfait. Arrivé à bord du 300i, il lui fallu faire un premier pas dans la soute avant de noter un détail qui aurait pu lui coûter la vie s'il l'avait ignoré : l'intérieur du vaisseau était trempé. Il ne pleuvait pas quand je suis arrivé, et le vent n'aurait pas pu rabattre la pluie aussi loin dans le vaisseau, ne serait-ce que le temps de pénétrer à l'intérieur. Sans plus attendre, l'ancien policier reconverti en chasseur de primes sorti l'arme de poing qui lui décorait la hanche droite. Il referma la porte, posa ses affaires et se dirigea vers le siège du pilote en sifflant un air à la mode. Il est là. Pas de chance pour lui, cette vieille carcasse n'a pas dix milles cachettes possibles.

    Il s'assit à l'avant du vieux coucou et démarra l'ordinateur de bord puis le moteur. Il avait pris soin de retirer ses bottes trempées pour les poser sur le siège, et s'était dirigé dans le plus grand silence à l'arrière du vaisseau. Le pilote automatique était enclenché, la Luciole décolla. Ce n'était pas qu'il appréciait le contact froid du revêtement du vaisseau contre ses pieds, ni l'eau qui manqua part deux fois de le faire chuter avant d'avoir atteint l'arrière de la soute, mais il savait qu'un prédateur devait se montrer silencieux s'il voulait en capturer un autre. Soudain, il entendit un clic. Je ne l'aurais probablement pas remarqué avec l'ordinateur de bord, à quelques centimètres de moi, me hurlant tout un tas d'informations. Le compartiment couchette s'ouvrit lentement, et une énorme masse sombre trônait sur le matelas de fortune. Sans un bruit, l'homme se releva, quasiment plié en deux pour pouvoir tenir dans le vaisseau. Il sortit sa longue lame d'acier de son étui, saisit le siège d'une main et le retourna brusquement. "On dirait bien que c'est pas ton jour, Tigris." Le tueur en série eut à peine le temps de s'étonner de trouver une paire de bottes couvertes de boue et un magnétophone tournant en boucle sur les sifflements du chasseur qu'il sentit un violent choc à l'arrière de son crâne.

    De retour sur Terra, le chasseur à la Luciole avait ramené son gibier à l'office des Chasseurs de Primes de la ville. C'est plus que ce à quoi je m'attendais, ce type a bien fait de commettre un casse juste avant mon arrivée. Tout ce dont avait besoin l'ancien flic, c'était d'un repas chaud et d'une ambiance festive. Et il savait où ses besoins seraient satisfait : à l'Akuda Bar. Comme avant chaque repas, le même rituel : un coup d’œil aux derniers contrats ajoutés sur le réseau privé des chasseurs de primes, une connexion rapide au système de caméras installées chez lui pour constater que personne ne s'y était introduit puis un tâtonnement de sa poche intérieure pour vérifier que son ancienne plaque de police ne s'y trouvait plus. "Et toi, c'est quoi ton histoire ?" lui lança un homme à moitié éméché. "Je n'en ai pas. Retourne te saouler avec tes potes au fond du bar, et laisse-moi manger en paix". C'est sûr, un bar des bas-fonds de Prime n'est pas l'endroit idéal où souper en toute tranquillité. Si tant est qu'il s'agissait vraiment de soupe. Le type partit, mais revint cinq minutes plus tard avec deux de ses amis. N'allons-pas leur demander s'ils forment un ménage à trois, ils risqueraient de se montrer susceptible si l'alcool leur monte à la tête. Le chasseur se retourna, accoudé au bar, et regarda l'un des individus dans le blanc des yeux. C'était Tigris.

    D'une seule main, l’armoire à glace plaqua le crâne de celui qui l'avait arrêté contre l'assiette qui se brisa sous la violence du choc. "Pas de chance pour toi, mon geôlier n'a pas réussi à me retirer mes entraves sans y laisser la vie. Quant à toi, j'espère que tu as apprécié ton dernier repas", lanca l'autre brute. Il fallait espérer que Tigris eut apprécié son dernier verre, car la chaise qui se brisa sur son crâne et le sang qui jaillissait de sa tempe une fois son énorme masse de lourdaud retombée sur le coin du bar ne laissaient pas supposer qu'il jouirait d'une prochaine occasion de refaire la fête. Le chasseur de primes saisit son arme, colla deux balles dans le genou de soulard qui l'avait accosté et observa un autre homme briser une bouteille en pleine face du troisième larron lorsque celui-ci tenta de dégainer sa lame. Bon eh bien, je pense que l'on va faire une bataille de polochon entre adultes. Ce soir-là, les tabourets volèrent et les éclats de verre rythmaient les coups qui étaient donnés dans toute la salle. Une sirène de police retentit, et la moitié du bar se vida en un éclair.

    Sans trop comprendre comment, l'ancien flic se mit à courir contre la pluie battante en compagnie de celui qui l'avait sauvé de justesse. Ce dernier le guida jusque dans une boutique dont l'enseigne n'était pas éclairée, peut-être la seule de toute la ville à cette heure-ci. Le visage boursouflé mais les poches remplies des pourboire ramassés entre quelques distributions de mandales et autres gnons, le chasseur de primes se réjouit d'avoir pu fêter la capture - et apparemment son évasion - d'une énorme ordure et d'une si belle manière. "C'est bon, je l'ai ramené, Magister. C'était pas une mince affaire, mais j'y suis arrivé." dit le mystérieux héros de comptoir. "Comment ça, ramené ? On joue au chasseur chassé, maintenant ?", s'étonna l'ancien flic. Des pas lourds se firent entendre et deux point rouges se rapprochèrent dans la pénombre de l'arrière boutique. "Exactement" dit alors une voix de femme. "Ce n'est pas dans nos habitudes, mais nous avons dû vous traquer comme l'une de nos proies pour enfin obtenir un entretien avec vous. Nous ne vous connaissons que de nom... et de réputation. Pouvez-vous nous confirmer que vous êtes bien..."
    "Hotaru", le coupa le chasseur de primes. "Hotaru, suffira. J'ai abandonné mon ancien nom et mon ancienne carrière y a pas mal de temps, et j'aimerais que certains squelettes restent bien sagement dans leur placard. Et vous, vous êtes...?" La femme s’avança, et son visage se découvrit peu à peu. Hotaru ne savait pas qui des deux était le plus surpris : lui, de reconnaître la jeune femme qui avait passé des dizaines d'heures dans son ancien commissariat à réclamer la réouverture d'un dossier clôt par une bonne dose de corruption, ou elle qui reconnu le policier présent au manoir Tesla le soir du crime et qui avait insisté auprès de son collègue pour rester et enquêter.

    "Aelanna Tesla. Vous pouvez m'appeler Magister."



    Chapitre 3 : Le tigre et le lion



    Le jour se couchait sur Prime lorsque le Cutlass atterrit. Véritable porte-étendard de la piraterie, le navire n'arborait aucun pavillon ni signe distinctif qui pouvaient le relier à quelque groupe criminel que ce soit. Deux hommes sortirent peu après l'arrêt du moteur. Le premier eut plus de mal que son compère à s'extirper du vaisseau, tant sa carrure était imposante. Le second avait beau faire deux têtes de moins, il n'en restait pas moins intimidant : des motifs du peuple Vanduul lui servaient de tatouage, son bras droit bionique était pourvu d'une fine arrête de métal tranchant le long de l'avant-bras. On comprend facilement pourquoi l'agent affecté à ce secteur n'osa leur reprocher leur stationnement illicite, ni le fait de s'être garés sur son véhicule de patrouille alors qu'il venait d'en sortir. Les deux hommes se dirigèrent en direction des bas-quartiers de la ville et passèrent par un immeuble dont les couloirs hébergeaient des marchés de fortune.

    "Tu sais ce qu'on dit : y'a qu'en attendant que sa proie sorte de son terrier qu'on est sûr de l'attraper. Si l'on s'en tient au plan, on l'aura sans gaspiller les munitions qu'on vient de "trouver".
    - Ouais, le plan. La prochaine fois que t'as un plan, sois gentil et évite de jouer les postes aux dés."
    Le duo descendait les étages sans prêter la moindre attention aux étales que l'on installait ici et là. Le gratte-ciel qu'ils traversaient servait de quartier marchand clandestin où l'on vendait tout un tas d'articles illégaux la nuit. Cela allait des gris-gris à base d'animaux exotiques jusqu'aux munitions perforantes de fusil de précision. La police avait beau faire des saisies et arrêter quotidiennement des revendeurs, l'immeuble semblait un peu plus bondé chaque nuit.
    "T'as un problème ? s'enquit le plus petit.
    - Tu sais très bien où je veux en venir, Léo. Si je reste coincé dans sa couchette, je reviens te buter.
    - Pas la peine, je te dis que ça passe. Tu te dis bien que j'aurais pas pris ce risque, sinon le patron nous buterait tous les deux. Si le chasseur ne t'a pas étoufé dans sa couchette avant..."

    Léo ria à gorge déployée et son collègue se vengea en détruisant la première étale à sa portée. Le marchand n'osa proférer la moindre plainte et s'enfuit aussitôt en courant. Le colosse se pencha sur les débris de l'étale pour ramasser une longue lame d'acier Xi'An qu'il avait fini par apercevoir. La discrétion n'était pas l'objectif des deux pirates. Ils avaient besoin d'attirer l'attention, quitte à risquer d'attirer plus que de simples flics pour dénicher leur proie. Arrivés en bas du souk de 200 étages, ils se séparèrent chacun d'un côté pour placer des explosifs sur les piliers porteurs du bâtiment délabré. Une fois en dehors du bâtiment, le plus petit des deux appela un taxi et le plus grand se chargea de sortir le conducteur de sa cabine. Ils prirent ensuite la route pour les bas-quartiers de Prime.

    "Bon, notre homme a déjà dû surveiller les Comms de la police et sait que nous sommes arrivés. Il doit savoir qu'on est passés ici pour tenter de se faufiler dans la foule. L'est pas assez bête pour nous suivre là-dedans, alors on va gentiment se mettre à découvert là où il pense pouvoir nous attraper. Tigris, tu m'écoute ?
    - Ouais, ouais, répondit l'armoire à glace.
    - Arrête de jouer comme un gamin avec ton canif et prépare-toi, c'est l'heure de la chasse."

    Quelques gouttes de pluies glissèrent sur les vitres du véhicule. Léo activa son OmniGlass et une détonation se fit sentir quelques kilomètres plus loin. L'une des tours qui dessinait l'horizon s’effondra verticalement dans les rétroviseurs du taxi. Voilà qui devrait monopoliser les forces de l'ordre pendant un bon moment. Tigris ouvrit la fenêtre du conducteur et jeta une ceinture dont les grenades s'éparpillèrent sous des moteurs de véhicules qui explosèrent les uns après les autres. À peine une minute plus tard, une silhouette triangulaire se profila dans le rétroviseur central. C'était un 300i qui leur fonçait dessus. La course-poursuite pouvait commencer. La voiture sorti volontairement de la route et fit une chute d'une dizaine de mètres en retombant sur le plancher des bas-fonds. Les bas de caisse raclèrent à peine le bitume à l’atterrissage, grâce à la lévitation magnétique du véhicule. Le 300i les suivait toujours, et de plus en plus près.

    La pluie se faisait plus intense et l'éclairage artificiel des hauteurs peinait à arriver jusqu'aux quartiers insalubres de la ville. "J'suis content qu'y nous suive, on va pouvoir s'amuser un peu plus", s'écria Tigris alors qu'il lançait son véhicule au milieu des ruelles et des passants. Léo profita du l'ouverture dans le toît qu'il venait de créer avec son automatique à munitions lourdes pour arroser de balles le vaisseau spatial. Le chasseur de primes répliqua aussitôt avec son canon laser - il cherchait visiblement à éviter de causer trop de dégâts tout en s'assurant de pouvoir neutraliser le véhicule des fugitifs. Le 300i ne pouvait pas manœuvrer aussi délicatement que le taxi, son pilote dû à trois reprises frôler les bâtiments alentours en redressant le nez de son vaisseau pour replonger de plus belle sur les criminels. Un instant, il se retrouva devant le taxi alors que celui-ci s'engagea dans une longue avenue piétonne. Le chasseur de primes découpla le moteur principal et fit pivoter son 300i d'un demi-tour, celui-ci poursuivit sa lancée grâce aux propulseurs annexes qui le poussaient vers l'arrière tout en assurant qu'il ne s'écrasait pas sur la route. Le vaisseau spatial et la voiture étaient nez-à-nez et fonçaient toujours plus vite. Le canon laser fit feu et des tirs perforèrent le capot du taxi volé. Celui-ci finit par s'arrêter en travers du trottoir, et les deux pirates à son bord sortirent en bousculant tout le monde sur leur passage.

    La chasseur de primes maintint le nez de son vaisseau en direction du taxi et décolla verticalement pour trouver un toit où atterrir. "On continue par-là, encore deux pâtés de maison et on arrive dans ma piaule" hurla Léo sous la pluie battante qui assourdissaient chacune de ses paroles. Les deux hommes se frayèrent un chemin à coup de poings et de cris rauques et finirent par atteindre l'entrée d'un immeuble désaffecté. "On se sépare ici, dit Léo. Pars te planquer dans son vaisseau, je vais continuer de me faire remarquer pour qu'il me prenne en chasse à pieds et te laisse assez de temps. Il a sûrement dû se poser pas loin. Je mettrais ma seule main à couper qu'il va m'attendre près de chez moi." Et en effet, ce n'est qu'une fois arrivé dans son quartier que Léo aperçu une ombre courir dans sa direction. "Encore un qui va me faire courir..." L'assassin connaissait ces rues par cœur et savait comment semer le moindre agent de l'Advocacy venu le débusquer ou... le moindre chasseur de primes. Ce dernier ne ralentissait pas la cadence et courait toujours à vive allure derrière la proie qu'il venait de repérer. Léo finit par disparaître comme il le faisait toujours, et le chasseur ne suivait plus que son instinct durant les dix minutes qui suivirent.

    "Léo avait vu juste", se dit Tigris. Le cowboy avait posé son vaisseau sur le toit d'un immeuble qui n'était habité plus que par les rats et les toxicos. Il ne pouvait pas se tromper, le 300i portait les traces du combat qui venait de se dérouler dans les rues plus bas. Grâce à son bracelet électronique, il lança un programme de piratage qui lui ouvrit grand les portes du vaisseau. Il grimpe l'échelle et finit par découvrir la décoration la plus banale qui soit : aucun gris-gris, aucune photo, seulement la décoration d'un vaisseau tout juste sorti d'usine. Tigris se permit d'essorer son manteau, "quitte à pourrir une heure dans un placard autant le faire au sec". Il ouvrit la porte couchette, laissa sortir le matelas et se faufila derrière le mécanisme. Tigris savait que l'on pouvait ranger quelques babioles derrières ces trucs-là, mais il n'imaginait pas pouvoir rentrer aussi facilement. "Au moins, je vais pouvoir ressortir discrètement sur le matelas et lui faire la surprise de ma présence." Trois quarts-d'heure plus tard, la porte s'ouvrit de nouveau. Des bruits de pas se fit entendre, puis des sifflements. Il était là. Il ne semblait pas pressé. Il a dû tuer et Léo et obtenir des informations, l'enfoiré. Tigris ne laisserait pas passer ça et attendait le moment opportun.

    Léo avait assez attendu derrière le faux-distributeur de Stims, le chasseur de primes ne semblait plus être dans le coin. Il retourna au Cutlass que son acolyte et lui avaient laissés dans les hauteurs de la ville. Comme prévu, les forces de l'ordre étaient trop occupées par l'immeuble détruit en bas de la rue pour se soucier d'un vaisseau mal garé. Léo ouvrit le sas du vaisseau et y pénétra. Tigris n'était pas là. "Et merde !" il se jeta sur les consoles du vaisseau et tenta de se connecter à la fréquence de Comm de son partenaire. Aucun signal. Cet abruti s'est fait choper... merde, merde, merde ! Léo démarra les moteurs et décolla en vitesse. Il savait où le chasseur de primes se serait rendu s'il avait bel et bien capturé Tigris : à l'office des chasseurs de primes, là où la prime l'attendrait. Il activa ses systèmes de camouflage thermique, vola à basse altitude et fit profil bas au milieu des véhicules circulant dans la ville. Il posa son vaisseau entre les bornes de signalement d'un parking et enfila une cape pour cacher ses tatouages et son bras-tueur.

    L'enseigne de l'office était encore éclairée, le chasseur de primes s'y trouvait peut-être déjà. Un coup d’œil furtif à travers la seule fenêtre de la boutique le renseigna, et Léo entra sans plus tarder. Une petite discussion entre l'agent d'accueil en train de plier bagage et le canon scié du pirate collé sur son front eut lieu. Léo était assez petit pour se faufiler sous le bureau et garder son arme braqué sur le pauvre scribe.

    Quelques instants plus tard, un homme entra en traînant quelque chose. L'enfoiré.

    "Bonsoir, dit le chasseur de primes, c'est moi qui vous ai envoyé un Comm il y a quelques minutes pour vous annoncer la capture d'un gros poisson. Voilà le bestiau, il est endormi pour un bon moment. Je peux le poser là et récupérer mes crédits, ou je vous aide à l'emmener en cellule ?
    - Ce n'est pas la peine, ne vous inquiétez pas, répondit le secrétaire qui sentait le canon s'enfonce un peu plus dans son ventre. Calez-le sur un banc, je vous transfère les crédits.
    - Ça m'arrange, dit le chasseur en tendant une carte électronique à l'agent d'accueil, je dois encore aller trouver son copain... vais p'têtre aller manger un bout avant, ça m'a épuisé de leur courir après.
    - Ah, oui, vous m'aviez dit que vous en cherchiez deux..."

    Les crédits furent transférés et le chasseur reparti. Pas un bruit ne résonna dans la pièce pendant les dix minutes qui suivirent. Puis Léo poussa le secrétaire de son bureau, se redressa et lui fracassa le crâne avec la crosse de son arme. Le visage du pirate était cramoisi, il brisa en deux le bureau à l'aide de son seul bras métallique. Quand Tigris se réveilla, de violents maux de tête le prirent. Léo se tenait face à lui, le regard menaçant. "T'as failli nous faire tuer aujourd'hui. C'est la dernière fois que je rattrape ton coup. Le gars a dit vouloir aller manger un bout, je connais un bar pas loin qui sert encore des repas chaud à cette heure-ci. Refais un pas de travers, et c'est pas le froid des menottes sur tes poignets que tu vas sentir, mais celui de la balle que je te collerai entre les deux yeux." Tigris ne se fit pas attendre. Il suivit les indications de Léo et partit se fondre dans le décor de l'Akuda bar pendant que le presque-cyborg guettait l'arrivée du chasseur de criminels.

    Comme prévu, le traqueur se montra et rentra dans le bar. Depuis la cage d'escalier du bâtiment d'en face, il pouvait l'apercevoir à travers les fenêtres du bar. Son fusil de précision n'était pas prêt qu'une bagarre éclata. On entendait le fracas des bouteilles dans toute la rue. "Merde, pas encore !" Il se précipita en bas de l'immeuble, désarma tous les accessoires de son fusil sniper pour pouvoir s'en servir comme d'un banal automatique. Il était au milieu de la rue lorsqu'il vit deux hommes sortirent en courant du bar. Le chasseur était l'un d'eux.

    L'assassin les prit en filature, il n'attendit même pas de savoir si son comparse avait été neutralisé durant la bagarre. Il n'avait pas besoin de les suivre de près, il lui suffisait de suivre les billets qui tombaient derrière eux. "Cette fois, je te tiens." La piste s'arrêtait près d'un petit bâtiment sans étage supérieur. Il approcha doucement, et se prépara à faire feu à travers la vitrine. La porte du magasin était restée ouverte, il entendait des bribes de conversation. Il jeta un œil à l'enseigne éteinte. La seule de la rue à l'être. Quatre lettres étaient surplombées par une silhouette de vaisseau, l'éclairage ne lui permit pas de différencier quid d'un merlin ou d'un 300i servait de figure de proue ici.

    " Et... vous êtes...? dit la voix du chasseur de primes.
    - "Ael...e...sla. Vous pouvez... Magister", semblait prononcer une voix de femme.

    Le bruit assourdissant de la pluie l'empêchait de comprendre ce qu'il se disait à l'intérieur. Léo se rapprocha un peu plus de l'entrée, glissa sous la vitrine. Son arme était prête.

    "Eh bien, Magister, j'espère faire honneur à ma réputation : je vous ai apportée ma dernière proie : on l'appelle Léo à la poigne de fer, mais son véritable nom est Richard M..."

    L'assassin sauta devant la porte et pris la femme-cyborg en joue. En face de lui se tenaient trois chasseurs de primes. Trois chasseurs et leurs armes braquées sur lui. Je dois tirer, peu importe ce qui m'arrive, je dois tirer et tuer Hotaru. Je dois... Soudain un homme surgit de derrière la porte d'entrée, sa main gauche souleva le canon du fusil - en train de se décharger sur le ventilateur du plafond - pendant que le poing droit bien serré venait s'écraser contre le nez et les dents du criminel.



    Chapitre 4 : Le sniper


    Léo demeurait étendu sur le sol, les yeux dans le blanc et la mâchoire déboîtée. Par chance, le quatrième chasseur de primes se tenait à l'entrée de la boutique pour vérifier que personne ne suivait son collègue et fut donc à la place idéale pour neutraliser le malfrat. "Merci Shibi, lança Aelanna. Essaie de lui remettre la bouche en place, histoire qu'il puisse nous parler à son réveil...
    - Surtout pas, intervint Hotaru. Il est parfait comme il est. On devrait même lui faire quelques bleus supplémentaires, et lui fracturer deux ou trois...
    - Pardon ? Le coupa brusquement la cyborg. Vous êtes chasseur de primes, ou tortionnaire ?
    - Vous croyez réellement pouvoir faire parler un homme de Magnus, son fils qui plus est ? Non, je pense plutôt qu'on va s'en servir d'appât. Ce sera pas le premier piège de la journée, et j'ai l'impression que ce ne sera pas le dernier."

    Hotaru rangea son arme de poing dans son holster et s'approcha de Léo, alias Richard Magnus. L'homme au crochet dévastateur l'aida à relever le criminel et à l'installer sur une chaise. Ils lui retirèrent l'avant-bras armé de sa prothèse robotique afin que la lame qui s'y trouvait ne puisse rompre les liens avec lesquels Léo allait se retrouver attacher.
    "Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce qu'il se passe, à la fin ? demanda la jeune femme qui tenait toujours fermement sont arme.
    - Attendez, c'est pas juste un gars qui voulait vous tuer ? répliqua Artic. Enfin, je veux dire, c'était pas juste un ancien taulard que vous auriez attrapé par le passé et qui aurait décidé de se venger ?
    - Pas du tout, répondit Hotaru. C'est un gros gibier qui va nous aider à remonter jusqu'au roi des gibiers. J'ai officiellement accepté un contrat sur sa tête il y a quelques jours, et je savais qu'il viendrait avec un ou plusieurs amis pour m'éliminer. Je n'avais aucune idée de l'endroit où ils pourraient se trouver sur Prime, j'ai donc attendu qu'ils me "contactent". J'ai foncé droit dans leur piège, et j'ai attendu qu'il se sépare de son acolyte pour...
    - Son acolyte ? le coupa Aelanna. Vous voulez dire qu'un autre criminel notoire armé jusqu'aux dents pourrait débarquer ici et venir récupérer son petit copain ?
    - Pour être honnête, j'ignore s'ils sont en concubinage, mais oui. Tigris va probablement venir, puisqu'une balise s'active à chaque fois qu'un homme du syndicat Magnus est mis à terre. J'ai échoué une première fois, et un Constellation rempli de ces pirates est venu aider leur copain que j'avais difficilement neutralisé. Et comme celui-ci est à terre..."
    Artic regarda les poches pleines de billets du chasseur de primes qu'il avait sauvé au bar, et il constata qu'une traînée de papiers verts remontait jusqu'à l'entrée de la boutique, et continuait dans la rue. Un piège plus qu'enfantin, et pourtant il a marché. Des passants auront sûrement ramassé ce qui a permis à mini-Magnus de nous suivre à la trace... et la balise servira pour l'autre type. Malin.

    "J'avais pris soin de virer celle de son copain, dit Hotaru, mais à part l'emmener à l'office des chasseurs de primes... je n'avais aucune porte de sortie me permettant de tenir à distance celui étendu sur le sol et qui bave sur votre carlage, madame.
    - Que suggérez-vous ? demanda Artic qui se dirigeait vers l'arrière boutique qui servait d'armurerie.
    - Rien de bien spécial. On ne peut qu'attendre, répondit Hotaru.
    Tout le groupe s'était dirigé vers l'arrière du bâtiment pour choisir fumigènes et autres armes neutralisantes lorsqu'un cliquetis métallique rententit. Les chasseurs de primes se retournèrent vers l'objet responsable qui roulait dans leur direction. Une grenade, il faut...

    "À terre !" hurla Aelanna qui repoussa avec son pied l'explosif avant de fermer la porter de l'armurie.
    Une violente détonation arracha la porte de ses gonds et se tordit autour de l'armure métallique de la chasseuse de primes qui ne recula pas d'un pouce. Le Magister avança en direction de l'entrée de la boutique en se servant de ce qui restait de la porte comme d'un bouclier. Des tirs ricochaient sur elle, Artic fit une percée à travers la fumée et sauta par-dessus le bureau derrière lequel avait dû se réfugier l'agresseur. Mais celui-ci était déjà sorti et s'enfuyait à bord d'une voiture volée dans laquelle il avait jeté son ami, encore inconscient. Le reste du groupe sorti en traversant ce qui restait des fenêtres, soufflées par l'onde de choc, et chacun ouvrit le feu pour tenter d'immobiliser le véhicule.

    Ça ne suffira pas. Il me faut le LR-600. "Shibi, démarre le buggy" lança-t-il à son partenaire en lui jetant les clés dudit véhicules. Un aller-retour rapide vers la boutique, et un fusil de précision électrique K&W se tenait dans ses mains. Il sauta à bord du véhicule, et le duo fonça en direction des fuyards. Artic recula son siège, appuya une jambe sur le tableau de bord et mis le fusil en joue. Il pris une grande inspiration, expira lentement puis...

    Un coup de feu parti, la balle perfora le véhicule en fuite dans toute sa longueur et une explosion surgit au niveau du capot. Les pirates firent une sortie de route et terminèrent dans un lampadaire. Le sniper se préparait à immobiliser les fuyards qui tenteraient de sortir du véhicule, mais il vit le plus grand porter son ami sortir par l'emplacement du pare-brise, traversant les flammes qui le cachèrent de la lunette du fusil. Le buggy s'arrêta à une dizaine de mètres du véhicule en flamme et les deux chasseurs de primes s'élancèrent à la poursuite de leurs proies. J'espère que ces deux abrutis vont pas nous tendre un piège en retour.

    Les traces de sang, répendues sur les trottoirs par les fuyards, étaient balayées par la pluie battante. Le duo de traqueurs devait se dépêcher s'ils voulaient intercepter ses cibles. Alors qu'ils remontaient les ruelles en courant et que les bas-quartier se faisaient de plus en plus distants, Shibi reçu un appel sur son MobiGlass. C'était le Magister Tesla.
    "Shibi, dirigez-vous vers le quartier où un immeuble-quartier marchand s'est effondré. Hotaru me dit que leur Cutlass est placé sur le toît d'un bâtiment situé sur le gratte-ciel aux vitres rouges non loin du premier."
    Alors que l'appel se terminait, des coups de feu et un hurlement de femme retentirent dans la rue où se trouvaient Shibi et Artic. Sur place, les deux chasseurs virent un attroupement se former autour du corps sans vie d'un badeau, dont la voiture venait d'être volée par "une armoire à glace qui pissait le sang et qui trimballait un autre gars, bien flippant lui-aussi".
    "Merde, ne pu retenir Shibi, ils vont nous baiser si on n'arrive pas à les rattraper. Et le buggy est trop loin pour tenter quoi que ce soit."

    C'est alors qu'un 300i, dépourvu de toute éraflure et d'impacts de balles, s'immobilisa sur la chaussée près du sniper et du boxeur. La chef ! Tout peut encore se jouer ! La porte gauche s'ouvrit, et Hotaru leur déroula l'échelle du vaisseau aux deux chasseurs de primes qui grimpèrent sans se faire attendre. Le propulseur principal s'ouvrit en grand, et une flamme gigantesque propulsa le vaisseau spatial vers le sommet des gratte-ciels de la ville. "Artic, l'interpela la pilote, on va te larguer sur un toit à proximité du bâtiment. Hotaru et Shibi vont grimper à bord de leur Cutlass et les y attendre. Moi, je vais essayer d'intercepter leur communication depuis mon vaisseau, mais rien ne nous dit que ma radio suffise à se connecter au Comm de leur Syndicat."

    L'équipe se mit en position. Artic s'était caché dans une bouche d'aération sur le toît où il avait été déposé, Hotaru et Shibi étaient rentrés en forçant la porte inférieure servant aux abordages, et Aelanna s'était positionnée à quelques pâtés de maison de là. Les voilà. Artic fut le premier à repérer les deux truants. Le plus petit s'était réveillé, mais avait toujours sa mâchoire grande ouverte. Au moins, c'est pas celui-là qui appellera leurs copains. Le duo de criminels grimpait les escaliers de secours de l'immeuble comme si le démon était à leur poursuite - ce qui, dans un certain sens, était peut-être le cas. Ils ne prirent même pas la peine de regarder si le groupe de chasseurs de primes les attendaient près de leur vaisseau qu'ils se ruèrent devant celui-ci. Tigris activa son bracelet high-tech et passa un appel. Il eut à peine le temps de prononcer un mot que son bras décida d'aller faire un tour sans le reste du corps. La détonation du coup de feu arriva enfin aux oreilles des deux criminels, et Hotaru et Shibi sortirent du vaisseau en se ruant sur les deux criminels déjà bien amochés.

    Le bras de Tigris se raidissait à vue d’œil, Hotaru assomma son ancien propriétaire avant de cautériser son moignon avec un gel régénérateur. Shibi réussit à replacer la mâchoire de Léo avec un uppercut, et celui-ci tomba à la renverse sous la violence du choc. Le 300i d'Aelanna Tesla se rapprocha du toît et s'immobilisa près du groupe, qu'Artic avait entre temps rejoint.

    "Je t'avais demandé de les neutraliser, pas de les démembrer, s'écria la cyborg.
    - Doucement, Magister, dit Hotaru. S'il ne l'avait pas fait, nous n'aurions jamais pu intercepter l'appel qu'avait lancé Tigris.
    - Intercepter ? C'est moi qui était chargée de tracer l'appel, que je sache...
    - On n'a eu qu'à répondre, dit Shibi. Et devinez ce qu'on a trouvé en jetant un œil à l'OmniGlass.
    - Dites toujours, répondit Aelanna, non sans scepticisme.
    - C'était un appel sur un réseau privé, répondit Artic. Vous n'auriez pas pu tracer l'appel. Il n'y avait personne à l'autre bout du fil, seulement un bot. Celui-ci a probablement lancé l'alerte dans leur quartier général."
    Il tendit l'appareil à la jeune femme qui s'empressa de lire le nom du destinataire. Le numéro avait été enregistré pour plus de facilité. Il était écrit Urgence Ruin Station.



    Chapitre 5 : La meute


    "Ruin Station ? Je croyais que c'était la bande Xeno Threat qui dirigeait", s'étonna la voix à l'autre bout du fil. "Et puis vous savez Magister, foncer tête baissée..."
    - Contactez les chasseurs que nous n'avons pas encore réussi à joindre, Alec. Et ne discutez pas. Artic vous envoie la liste sur mon terminal de bord, il me semble que certains sont en mission dans votre secteur. Dites-leur qu'ils ont désormais un contrat prioritaire.
    - Bien madame."
    Le groupe de chasseurs de primes se tenait sur le toit où ils avaient arrêté les deux criminels. Personne n'osait troubler le silence qui régnait, de peur de s'attirer la colère de la cyborg. Il fallait pourtant agir, car le temps pressait : avant de devenir manchot, Tigris avait eu le temps d'envoyer un signal de détresse vers Ruin Station, base orbitale connue pour abriter des pirates sans foi ni loi, redoutée même par les Agents les plus émérites de l'Advocacy. Le Magister se tourna vers son équipe de traqueurs, et reprit ses esprits.

    "Artic, prépare un Cutlass. Qu'il soit armé et déguisé dans trois heures. Shibi, vois ce que tu peux tirer du vaisseau de nos deux amis. Hotaru, vous aviez déjà capturé Tigris, je vous laisse le ramener à la guilde locale pour vous assurer qu'il ne commettra plus de dégâts. Assurez-vous que l'agent qui vous a transmis la prime va bien. Il faut que ce colosse soit enfermé à double tour, mais que son arrestation ne soit pas officialisée.
    - Je vois. Et que comptez-vous faire de junior ? répondit Hotaru.
    - Je ne suis pas naïve au point de croire qu'il nous aidera volontiers à pénétrer Ruin Station pour aller y capturer son père. J'ai besoin de vérifier une chose ou deux avant. Nous allons avoir une petite discussions lui et moi, en privé.

    Les agents se dispersèrent et s'attelèrent à leurs missions respectives. Shibi était retourné à l'intérieur du Cutlass, et fouillait les ordinateurs de bord à la recherche d'informations, de codes, de mots passe qui pourraient l'aider. Malheureusement, il n'y avait rien d'autres que des vids au contenu dérangeant et un journal d'appels qui se révéla inutile. Néanmoins, il réussit à pirater le terminal qui permettait de contrôler l'apparence du vaisseau et copia les données de l'electro-skin sur son mobiGlas. Il activa sur bracelet et passa un appel pour signaler un "véhicule abandonné à récupérer". Tout en sortant du vaisseau pirate, il continuait de pianoter sur son ordinateur personnel, puis il transmit les quelques informations qu'il avaient pu récolter aux trois autres chasseurs. Un message apparut presque immédiatement : "Merci. Hotaru te retrouve dans 20 minutes sur le toit. Préparez-vous pour la mission. Équipement lourd obligatoire. "

    Artic s'était fait déposer au hangar de la bande pour préparer le vaisseau à la mission qui les attendait. Sur le chemin du retour, il avait reçu un jeu de données qui lui permettrait de changer l'electro-skin de son vaisseau, afin que celui-ci arbore une apparence plus... digne des pirates d'Eric Magnus. Il savait que l'assaut qu'ils allaient mener ne serait pas une mince affaire, et que la moindre erreur leur serait fatale. Il piocha dans les pièces détachées de la réserve, les canons achetés avec le budget commun... il devait faire de ce Cutlass un bolide, un blindé et un véritable porte-étendard de la piraterie. Trois heures, c'était juste pour la tâche qui l'incombait, mais il savait que le Magister n'attendrait pas une minute de plus.

    De son côté, Hotaru avait été déposé un peu avant Artic à son propre vaisseau. Celui-ci l'attendait là où il l'avait laissé, des contraventions étaient venues s'ajouter à la décoration extérieure. La première fois,il n'avait pas eu besoin de porter Tigris à l'intérieur de la soute, puisque celui-ci s'était de lui-même rendu à bord. Le chasseur parvint malgré tout à hisser sa lourde proie jusqu'à l'intérieur du 300i, puis il prit soin de l'attacher avant de décoller pour le bureau local de la guilde des chasseurs de primes. Un chasseur de primes se tenait l'entrée du bâtiment, et regardait une ambulance repartir, sirènes coupées. "Si vous venez pour collecter une primes, lança le chasseur à Hotaru, faudra repasser plus tard. Y'a l'air d'y avoir eu du grabuge ici, et...
    - J'ai déjà capturé la prime de celui-là, je le ramène pour être sûr qu'il ne s'enfuit pas une seconde fois. Ce coup-ci, ça devrait aller.

    L'homme jeta un œil au moignon du pirate, mais ne sembla pas inquiet pour un sous. Hotaru se pencha, et vit la proie - il n'y avait pas d'autres mots - que l'autre avait capturé : une jeune femme, probablement toxicomane, couverte de tatouages rappelant les pires quartiers de Prime. Elle était morte, vraisemblablement d'une hémorragie au cou causée par une... morsure. Hotaru entra dans le bureau, abandonna Tigris pieds et poings liés, et reparti en direction de son vaisseau. Sur le chemin du retour, il n'osa pas se retourner pour voir si l'autre "chasseur" était rentré dans le bureau pendant qu'il lui tournait le dos. "Tous des tarés", lâcha-t-il à voix haute en pressant le pas.

    "Vous comptez m'interroger ?" dit Léo avant de cracher un mollard de sang. "Je suis loin d'être un demeuré, vous m'auriez laissé à l'autre couard si vous aviez voulu empocher ma pri -
    - Silence, le coupa Aelanna.
    - À moins que ce ne soit... par vengeance ? Ça m'étonnerait pas, c'est pas la première fois que quelqu'un tente de s'en prendre un moi pour avoir le sentiment de se venger de mon père.
    - Silence."
    Léo sentait que deux paires de menottes le retenaient prisonnier, il ne pouvait même pas changer de position. Le Magister avait pris soin de faire souder un anneau au sol de la soute, cela lui permettait d'attacher ses proies sans craindre qu'ils ne l'attaquent pendant qu'elle pilote. Le pirate l'avait bien compris : il devrait attendre qu'elle vienne le détacher, ce serait la seule opportunité. Quelques instants plus tard, le 300i se posa. On distinguait à peine le bruit des autres véhicules.
    "Je vois, un endroit isolé. Vous savez ce qui est arrivé au dernier type qui a essayé de me torturer ?
    - Silence."
    La cyborg quitta son siège, Léo remarqua qu'elle avait laissé son arme de poing sur le tableau de bord. Elle pianotait quelque chose sur son mobiGlas en même temps qu'elle se rapprochait du prisonnier. Puis, sans mot dire, elle s'accroupit que être à sa hauteur. "À partir de maintenant, lui dit elle, tu n'existe plus. Tu n'es pas un criminel recherché, tu n'es pas une prime à encaisser. Tu n'es pas encore un cadavre, mais ça... ça ne dépend plus de moi. Nous ne sommes pas dans un hangar désaffecté où je vais m'amuser à te torturer. J'y perdrais mon temps à essayer de te soutirer des informations que tu ne lâcherais sous aucun prétexte. Ici, nous sommes dans un garage, tout ce qu'il y a de plus classique. On y démonte des vaisseaux, on y achemine de la ferraille en tout genre. Je vais nous faire gagner un temps précieux : je sais déjà comment me rendre à Ruin Station en évitant tous les clans qui sont secrètement alliés à celui de ton père. Maintenant, si tu le permets, j'ai deux amis qui viennent récupérer leurs colis respectifs.
    - De quels colis tu -
    Le poing serré et froid du Magister vint s'écraser contre la machoire du pirate, qui se déboita pour la seconde fois de la journée. Une fois Léo détaché, Aelanna le jeta hors du vaisseau et alla s'entretenir avec le propriétaire du garage. Celui-ci s'absenta quelques instants, puis revint avec un chalumeau et des outils, utilisés habituellement pour récupérer les pièces électroniques des vaisseaux spatiaux. En quelques secondes, la prothèse bionique de Léo n'était plus rattachée à l'épaule de son propriétaire, et un mobiGlas, caché sous la plaque de l'avant-bras, était dévoilé. Le reste des composants électroniques allaient dans la poche du garagiste, le bras à la décharge, et le pirate était récupéré par un agent martial de Sibylla, venu à la demande d'Aelanna Tesla.

    Deux heures plus tard, le Cutlass était fin prêt, tous les chasseurs de la primes de la bande avaient été contactés et l'affaire du lion et du tigre était classée. Sur Prime, seule une dizaine de membres étaient présents, les autres étaient en chemin pour le système Pyro, où se trouve Ruin Station. Toute l'équipe se réunit autour du vaisseau qui arborait désormais la même electro-skin que le Cutlass des criminels arrêtés plus tôt dans la journée. Aelanna grimpa sur une aile pour s'adresser à ses chasseurs.

    "Avant toute chose, je tiens à vous remercier, toutes et tous. Pour avoir répondu à l'appel, pour vous être portés volontaires pour cette mission qui s'annonce périlleuse, et pour vos loyaux services qui nous ont valus de magnifiques prises. Mais aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour faire régner la justice que je vous ai appelés. Ce n'est pas pour maintenir la sécurité dans un coin de notre bonne vieille galaxie que j'ai besoin de votre aide, mais pour réclamer vengeance. Vous l'aurez sûrement compris, que ce soit en discutant lors de missions en groupes, ou même lors de votre recrutement : notre point commun est notre ennemi de toujours. Nous avons tous perdu des êtres chers à cause d'Eric Magnus. Ce qui a autrefois fait notre perte peut aujourd'hui devenir notre force. Car aujourd'hui, nous partons détrôner ce criminel dans sa forteresse. Demain, Ruin Station sera connue comme le lieu où Eric Magnus, le terroriste, le traitre, l'assassin a été arrêté par des hommes et des femmes plus compétents, plus téméraires et plus courageux que les agents de l'Advocacy. Demain, cette bande de chasseurs de primes ne sera plus. Car aujourd'hui, la déesse Némésis nous prête sa force pour obtenir vengeance. Nous pénétrerons dans le repaire des pirates, nous sécuriserons le périmètre, nous neutraliserons les hommes de main de Magnus... et les crocs de la meute se refermeront sur lui une bonne fois pour toute."



    Chapitre 6 : Némésis



    "Rien à signaler aux environs du point de saut, Magister Tesla" dit une voix sur l'ordinateur de bord.
    - Que tous les artilleurs se tiennent à leurs postes, répondit la jeune femme. On risque d'avoir de la compagnie une fois arrivés de l'autre côté.
    - Des nouvelles d'Alec, Magister ?
    - Aucune. Gardez l’œil ouvert."
    Une fois la transmission interrompue, Aelanna quitta le cockpit du Cutlass fraîchement décoré, laissant Artic seul aux commandes. D'ici une vingtaine de minutes, son escadrille de chasseurs arriverait au point de saut qui les transporterait jusqu'au système Pyro. Elle quitta le poste de pilotage pour se rendre dans la soute. Là, elle croisa Hotaru qui se rendait au poste de défense, puis ouvrit une énorme caisse. Peut-être est-ce la dernière fois que nous combattrons ensemble toi et moi, se dit Aelanna en regardant cet amas de métal qui reposait au fond du conteneur. Elle sortit l'armure, la posa à côté de la caisse. Au fond de cette dernière se trouvait des vêtements en cuir sombre soigneusement cousus. L'épaisseur de cette peau était ce qui lui convenait le mieux. Elle avait l'impression de retrouver la sienne, lorsqu'elle l'arborait. Comme si ce corps était encore celui d'un être humain. De plus, cette tenue de cuir empêchait sa lourde armure de s'entre-choquer avec ses membres robotiques.

    Aelanna prit le temps d'attacher avec minutie chaque élément qui composait son armure, venue tout droit d'une époque de mythes et de légendes. Il était impossible de savoir qu'un corps de cyborg à la force sur-humaine se dissimulait sous la tenue de samouraï peinte de rouge et d'or. Des souvenirs qu'il lui restait de ses parents, c'était de loin celui auquel elle tenait le plus. Les lanières étaient serrées à leur maximum, les plates solidement fixées, afin suivre les mouvements de la jeune femme tout en la protégeant avec efficacité. À l'instant même où le Magister retourna s'assoir aux commandes du vaisseau, une alerte retentit. "Magister, je reçois un signal", dit Artic. Le nom d'Alec Grey apparut sur l'écran de contrôle. Mais sur les écrans radar, un nuage de points se dessina.

    "Magister, ici Alec. J'ai trouvé comment infiltrer Ruin Station discrètement, et pour ça j'ai ramené plein de copains.
    - J'ai en effet parlé de discrétion. Pas de... Vanduul ?!"
    Aelanna ouvrit sans plus attendre les canaux de communication pour s'adresser à ses équipes. "Que tout le monde franchisse le point de saut immédiatement, exécution !"

    Tout autour du Cutlass, des vaisseaux s'activèrent et foncèrent en direction de la distorsion qui les envoyait un à un vers leur objectif suivant : le système Pyro. Aelanna redirigea les boucliers vers l'arrière du véhicule et Artic mit les gaz. L'ordinateur de bord leur signala l'approche imminente du point de saut. La carlingue se mit à vibrer sous les pieds des chasseurs de primes, les étoiles aux loin étaient comme aspirées dans leur direction. L'univers tout entier semblait s'effacer devant eux. À peine le Magister eut-elle le temps de contempler ce spectacle, qui l'émerveillait à chaque voyage, qu'elle se retrouva éblouie par une nova d'un éclat rare. La distance était suffisante pour ne pas subir les effets dûs aux radiations provoquées par l'étoile en fin de vie. Pyro IV était en vue, ce qui signifiait que l'objectif était tout près. Aelanna s'adressa de nouveau à ses hommes : "À tous les chasseurs : dirigez-vous immédiatement en direction de Ruin Station. Une nuée de Vanduul est en approche, nous devons nous engouffrer dans les défenses des pirates si nous voulons progresser à l'intérieur de leur base."

    Alec et les Vanduul étaient à bonne distance du point de saut quand la bande de chasseurs s'engouffra dans le point de saut. Cela leur laissa le temps de s'éloigner de la zone d'arrivée, et de se rapprocher du QG des pirates. Rapidement, les coordonnées de la station apparurent sur les écrans de d'Artic et Aelanna, et une communication automatique en provenance de Ruin Station leur demanda de s'identifier. Grâce aux données récupérées sur l'omniGlass de Richard Magnus, le trio de chasseurs fut confondu avec le duo de criminels, arrêtés plus tôt dans la journée. Les autres membres restèrent légèrement en retrait et se dissimulèrent du mieux qu'ils le pouvaient en réduisant les émissions de chaleurs et de lumières de leurs vaisseaux.

    La tension était palpable à bord du Cutlass qui s’apprêtait à s'amarrer à la station. Un silence pesant régnait, mais les trois chasseurs de primes souhaitaient de tout leur être qu'il dure. C'était une question de synchronisation entre l'arrivée des Vanduul dans le système Pyro, et celle des chasseurs à bord de la station. Le Cutlass était enfin amarré à la station, Aelanna quitta son siège pour se rendre à bord de la Station avec Artic et Hotaru. Soudain, les alarmes de la station retentirent. Des chasseurs décollèrent de tous les spatioports, et foncèrent en direction du point de saut. Ils ont repéré les autres chasseurs ?! Une communication vint en provenance du poste d'artilleur. "J'ai les Vanduul en visuel, dit Hotaru. Ils sont des centaines, peut-être plus ! Est-ce qu'on engage le combat ?" La communication resta sans réponse quelques instants. Aelanna comprit alors. L'appel de détresse des pirates.

    - En aucune façon, répondit Aelanna. Ce serait trahir notre position et compromettre la mission. Artic, dis aux chasseurs de se tenir prêts : ils devront profiter de la cohue du combat entre pirates et Vanduul pour infiltrer la station et venir en renfort. Rejoignez-moi sur le pont du vaisseau dès que vous êtes prêts."

    Quelques instants plus tard, le sas qui séparait le Cutlass de la station s'ouvrit. Les deux pirates censés surveiller les entrées et les sorties de ce dock se tenaient devant l'ouverture, prêt à faire feu en cas de mauvaise rencontre. Des grenades fumigènes fusèrent derrière leurs pieds, et à peine eurent-ils le temps de mettre en joue leurs assaillants qu'ils se retrouvèrent à terre, assommés par des décharges électriques. Un troisième pirate se trouvait au post de surveillance, prêt à sonner l'alerte, mais un grenade électro-magnétique lancée depuis le nuage de fumée neutralisa le panneau de commande. Par réflexe, il sortit son arme et tira en direction du vaisseau des assaillants. Capturer par vocation, tuer si nécessaire. Le coup de feu qui suivit résonna dans le hangar. "Les effets de la grenade ne devraient pas tarder à s'estomper, je vais aller hacker le terminal pour trouver un plan de la station, lança Hotaru." Il ne fallut pas longtemps pour que le terminal se relance, non sans peine, et l'équipe téléchargea une carte en trois dimensions de la station, puis l'envoya à toute la bande de chasseurs de primes. "Là, dit Aelanna, entre le quartier marchand et notre position. Il y a un quartier qui a l'air sous étroite surveillance.
    - Qui nous dit que ce n'est pas simplement un entrepôt où les pirates stockent des objets de valeur ? répondit Artic.
    - On n'a pas vraiment le temps de faire du tourisme, leur rappela Hotaru. Alors, certes, les pirates sont très occupés avec les Vanduul là-dehors, mais la grande majorité des habitants de la station sont encore ici. Et excusez-moi du peu, mais niveau discrétion, une armure de samouraï...
    - Déclenchez l'alerte maximale, ordonna Aelanna. Piratez le système pour faire croire à l'intrusion de Vanduul dans la station.
    - C'est légèrement au-dessus de mes compétences, répondit Hotaru.
    - Vous venez bien de pirater le terminal, non ?
    - Non. Il a redémarré, et un gros bouton signalant les plans de la station est apparu en bas de l'écran.
    - Alerte générale, lança une voix dans les hauts-parleurs du hangar, alerte générale ! Des Vanduul ont réussi à s'infiltrer à bord de la station, empêchez-les d'avancer !
    - Finalement, il suffisait de demander", s'étonna Artic.

    Le groupe de chasseur de primes progressa à travers la station en profitant de la panique que créait l'attaque des Vanduul. D'autres chasseurs parvinrent à les rejoindre, mais le plus gros de la bande était resté dehors, pour combattre les pirates et les aliens. L'endroit était assez singulier : malgré la présence de pirates tous plus effrayants les uns que les autres, de nombreuses échoppes étaient réparties dans les couloirs de la station, fourmillant de femmes et d'enfants. Bien sûr, ceux-ci arboraient également les tatouages et les scarifications des clans en présence sur la station. Des explosions faisaient vibrer les couloirs, et l'éclairage réduit par les sirènes d'alerte permettait à Aelanna et son armure atypiques de ne pas être remarquées.

    Au détour d'un couloir, l'équipe passa devant la porte d'un hangar non répertorié sur la carte. Celle-ci était gardée par une dizaine de pirates armés de fusils automatiques à lasers. Certains arboraient un tatouage bien distinctif : un M dans un cercle rouge sang. "Neutralisez-les." ordonna Aelanna à ses hommes. À peine eut-elle donné son ordre que des unités de neutralisation à impulsion électrique se retrouvèrent fixées sur les pirates en première ligne. Lorsque les autres ouvrir le feu sur l'équipe de chasseurs, ces derniers avaient déjà déployé des boucliers mobiles, derrière lesquels ils s'étaient réfugiés pour jeter des fumigènes. Une petite charge de C4, placée sur les murs du couloir par les chasseurs les plus en arrière, explosa et entraîna la fermeture du couloir par un sas hermétique hautement blindé. Ça ne peut être qu'ici.Ils ne se seraient pas donnés la peine de protéger avec autant d'ardeur un petit chef de clan. Des lasers transperçaient la fumée, à la recherche des chasseurs. "Ils ont des lunettes thermiques ! hurla Artic, restez baissés !" De lourdes charges s'abbatèrent contre les boucliers, qui semblaient sur le point de vaciller. Ceux-ci n'était pas faits pour tenir une position pendant longtemps, et les gros calibres qui étaient utilisés par les pirates allaient avoir raison d'eux.

    Aelanna savait qu'elle était la seule à pouvoir intervenir ici. Elle déploya un dernier bouclier mobile, sauta par-dessus la barrière créée par les autres chasseurs de primes et fonça en direction des pirates. Ses implants cybernétiques lui permettaient de voir à travers la fumée épaisse. Le bouclier, son armure et son corps de cyborg la protégeait des tirs ennemis. Elle empoigna sa matraque électrique et neutralisa un par un les gardes du repaire. L'un d'eux eut le temps de lui asséner un coup avec la crosse de son fusil, mais Aelanna répliqua en lui brisant le poignet et en l’assommant contre les murs du corridor. Il n'y avait plus un bruit. Les pirates étaient tous étalés sur le sol, et la fumée commençait à se dissiper à travers la ventilation. Au centre du couloir, une silhouette se tenait, inébranlable. "Menottez ces pirates, assurez-vous qu'ils ne puissent pas nous causer plus d'ennuis. Et dépêchez-vous, nous avons un terroriste à arrêter." La rage de vaincre et la soif de vengeance animaient Aelanna. Rien ne pouvait se tenir sur son chemin.

    Le panneau de contrôle de l'énorme porte affublée d'un M à son sommet ne résista pas longtemps à l'un des chasseurs, qui réussit à ouvrir le chemin à l'équipe qui continuerait de progresser en direction du repaire. Un long couloir descendait dans les entrailles de la station. À mesure qu'ils progressaient, les chasseurs rechargeaient leurs fusils et se tenaient prêts à combattre d'autres pirates. Une nouvelle porte se tenait sur leur chemin, mais s'ouvrit automatiquement à leur approche. L'équipe arriva dans une immense salle, décorée comme un manoir de l'ancienne Terre. Des bibliothèques ouvragés à la fausse cheminée, tout était fait pour que le propriétaire des lieux vive dans le luxe et le confort. De grandes baies vitrées donnaient directement sur la bataille qui faisait rage dehors.

    Un homme à la carrure impressionnante entra dans l'immense salon, par une porte située entre deux bibliothèques. Il tomba nez à nez avec les chasseurs de primes. S'il était surpris, il n'en laissait rien paraître.
    "Il ne me semble pas avoir invité qui que ce soit chez moi ce soir.
    - Eric Magnus, dit Aelanna la voix presque tremblante, vous êtes en état d'arrestation.
    - Je ne crois pas, répondit l'ancien Commandant."
    Il tira de son holster une arme poing et abattit deux chasseurs de primes en un instant, et en blessa un autre. Artic et Hotaru avait tous les deux gardés des petites unités neutralisantes qu'ils jetèrent en direction du Magnus, mais celui-ci les brisa d'un revers de la main. Il mit en joue l'un des deux chasseurs, mais Aelanna intervint en brisant l'arme avec son poing métallique.

    Magnus laissa tomber son arme brisée, attrapa Aelanna et de la balança contre une des bibliothèques. Il s'approcha du Magister encore sonnée par le choc, sortit une lame Vanduul de sa ceinture et tailla rapidement à travers l'armure de samouraï. Seuls des tintement de métal résonnèrent, et Aelanna fit une clé au bras de Magnus avec ses jambes pour pouvoir le lui déboiter. Mais ni le Magister, ni l'ancien Commandant ne cédèrent. Deux chasseurs de primes vint en renfort, mais ne parvinrent qu'à se ridiculiser se jetant sur Magnus qui ne bougea pas d'un centimètre. Ce dernier avait encore un bras de libre, et s'en servit pour briser le cou de l'un de ses deux assaillants malchanceux. Le second tenta le tout pour le tout, et tira à bout touchant dans la colonne vertébrale de Magnus pour l'immobiliser une bonne fois pour toute. La détonation fut comme étouffée, et le terroriste ne bougeait plus. Aelanna relâcha sa prise, et c'est à ce moment-là que Magnus la prit à la gorge et la souleva d'un bon mètre au-dessus du sol. Le chasseur venu en aide tira encore et encore, mais ne parvint qu'à déchirer le dos de la tenue du terroriste, qui tomba en lambeaux calciné par les tirs lasers. Magnus tenait le Magister d'une main, et se retourna pour briser le cou du dernier assaillant. C'est alors qu'Aelanna le vit.

    "Non... c'est impossible. Mon père n'aurait pas pu...
    - Auriez-vous vu un fantôme, mademoiselle ? répondit avec la plus grande indifférence.
    - Vous avez volé les plans de mon père ! Ça ne vous suffisait pas de massacrer mes parents, il fallait en plus...
    - Votre ?" l'interrompit Magnus. Il observa les gants d'Aelanna qui s'agrippaient à son bras, et réalisa que ce n'était pas des silhouettes de mains humaines qui se dessinaient sous le cuir. Il saisit les plates du torses, et les arracha violemment. "Intéressant. Le projet du professeur Tesla aurait eu un second sujet ? J'avais pourtant pris soin de mettre un terme à ses fanfaronnades. Je pensais être le seul cyborg de cet univers, mais de toute évidence, ce salopard n'a pas partagé toutes ses avancées avec moi.
    - Que voulez-vous dire ? lui demande Aelanna, qui réalisa que l'armure de son ennemi était plus grossière, plus volumineuse.
    - Que dès l'instant où j'aurai trouvé où se cachent les unités d'alimentation de vos implants et de vos prothèses cybernétiques, vous me regardez massacrer un par un vos petits camarades. Ce sera du gâchis que d'abîmer un tel chef-d’œuvre scientifique, mais je ne suis plus d'humeur à palabrer."

    Sur ces mots, Magnus arracha d'autres plates de l'armure d'Aelanna à la recherche des compartiments où se trouveraient ses mini-générateurs. Il... Il ne peut pas me scanner ? La chasseuse de primes comprit alors : Magnus était le premier cobaye des expériences de son père, qui visaient à créer de nouveaux soldats d'élites. Seulement, il s'agissait d'un premier modèle, et elle était le suivant, plus récent, plus performant. Son corps n'était pas simplement composés membres robotiques : des implants cybernétiques améliorait ses capacités cognitives, la dotaient de vision thermique sans avoir recours à des lunettes spéciales. Et c'est sur ce dernier point qu'elle comptait jouer : son adversaire en était dépourvu, ses yeux étaient donc ceux d'un authentique être humain.

    Elle plongea ses pouces acérés dans les orbites de l'ex-Commandant Magnus, et lorsqu'il lâcha prise sur elle dans un hurlement à glacer le sang, le tira vers elle pour lui asséner un violent coup de tête. Elle retomba sur ses pieds, et profita que son adversaire était sonné pour attraper sa tête. Le poing du Magister se serra, et un uppercut gorgé de rage envoya Eric Magnus à la renverse. Ses détecteurs lui signalèrent que le terroriste était inconscient, mais bien vivant. Elle localisa les générateurs qui alimentaient en énergie ses bras et ses jambes, et les neutralisa à l'aide de sa matraque Faction-9. Puis elle s'adressa à son équipe : "Récupérez les hommes tués au combat, je me charge de porter Magnus. Appelez les chasseurs restés en arrière et dites-leurs de nous rejoindre immédiatement. Contactez Shibi et Alec, dites-leur de nous envoyer un Freelancer, un Avenger, n'importe quoi. Il nous faut des vaisseaux avec des sas arrières.
    - Attendez, répondit Hotaru, vous ne compter tout de même pas...
    - Vous avez une autre solution ? le coupa Aelanna.
    - Bien reçu."

    Tout le monde s'activa, et malgré le combat qui tournait en défaveur des Vanduul dehors, un Freelancer et deux Avengers parvinrent à localiser le salon où se trouvait l'équipe d'intervention. Le premier vaisseau se mis dos à la baie vitrée, et se positionna en face du Magister. Les deux autres se tenaient prêts à intervenir en cas de problème. Les chasseurs de primes s'alignèrent en face des soutes, et les pilotes se tinrent prêts. "À mon commandement, lança Aelanna. Ouvrez le sas, fermez vos casques et... Maintenant !" Les chasseurs, en rangs deux par deux, coururent à la même allure qu'Aelanna en tête de file. Celle-ci portait le corps lourd et encombrant de Magnus, car elle était la seule à poivoir le soulever grâce à sa nature de cyborg. Elle s'en arma comme d'un bélier, et sauta à travers le verre épais qui séparait le salon du vide en le poussant devant elle. Un trou se créa, qui happa les chasseurs talonnant Aelanna directement dans la soute du Freelancer positionné en face, mais l'immense vitre était assez épaisse pour ne pas céder dans sa totalité. En quelques secondes, les chasseurs se retrouvèrent entassés les uns sur les autres dans la soute du vaisseau de transport. La manœuvre était risquée, mais elle fut exécutée avec précision et rapidité. La soute se referma dès que les chasseurs qui fermaient les rangs en donnèrent la consigne, et les trois vaisseaux s'éloignèrent le plus vite possible de la station. Le combat commençait à s’essouffler, il ne restait plus beaucoup de Vanduul à repousser. Certains chasseurs de primes avaient déjà commencé à se disperser, selon les ordres d'Aelanna. Ceux restants en firent de même une fois l'équipe d'intervention récupérée. Ce n'est pas seulement la mission qui avait été accomplie : c'était un véritable exploit.


    ---------------------- Épilogue ----------------------


    Des vaisseaux survolaient la zone depuis une heure maintenant. Ils étaient éloignés, mais on pouvait deviner qu'il s'agissait de M50 et d'Avengers. L'un de ces derniers vint se poser près du Constellation, dont les nombreuses erraflures témoignaient d'une bataille auquel il avait récemment pris part. Sa taille imposante permettait aux membres de son équipage de s'abriter du soleil, qui était à son zénith. Les moteurs de l'Avenger se turent, et une jeune femme sortit de l'arrière du vaisseau. Deux hommes la suivirent en transportant un énorme caisson hermétique sur un chariot aéroglisseur. Lorsque ces trois-là arrivèrent à mi-distance du Constellation, la jeune femme fit signe aux groupe d'en face de la rejoindre. Seule une jeune femme en armure lourde les retrouva là-bas, trainant à mains nues une énorme charge.

    "Je suppose que vos amis ne comptent pas nous rejoindre ? demande la jeune femme de l'Avenger.
    - Ils préfèrent se tenir prêts si les choses tournent mal, répondit son interlocutrice à la force impressionnante. Vous avez votre escadrille, j'ai mes hommes.
    - Voyons, pourquoi voudrions-nous...
    - Il ne s'agît pas de vous. Si je devais m'attendre à un coup fourré de la part de vos agents, je n'aurais pas pris la peine de venir. Vous ne croyez pas ?
    - C'est vrai. Où est Eric Magnus ?
    - Juste là."

    La chasseuse primes jeta devant elle la carcasse métallique de l'infâme terroriste. "Ne vous inquiétez pas, les rassura-t-elle, il est encore vivant. Il est sous l'effet de puissants sédatifs. C'était ça, où les retirer ses bras et ses jambes robotiques. Voici donc l'homme que l'Advocacy n'arrivait pas à appréhender depuis tant d'années. Faites ce que vous voulez de lui, il vous appartient." Les deux agents de l'Advocacy effectuèrent des tests qui se révélèrent aussitôt concluants.
    - En effet, jugea la jeune agent. Beau travail, chasseurs." Elle lui tendit un petit appareil électronique. "Voici votre prime, elle devrait couvrir les frais de réparation de votre vaisseau, voire de toute une flotte. La somme vous sera versée de façon anonyme, l'appareil n'est relié à aucun réseau. En revanche, vous devrez répéter la manipulation plusieurs fois.
    - Pour éviter d'être traqués, je présume ? dit la chasseuse de primes en se saisissant de l'appareil électronique.
    - Une proie de cette importance va forcément faire du bruit. Ses sbires doivent probablement être en train d'écouter tous les canaux des chasseurs de primes pour mettre la main sur vous."
    La jeune femme venue empocher la primes tourna les talons, et prit la direction du Constellation qui l'avait amenée ici.
    "Je sais qui vous êtes, lança l'agent de l'Advocacy. Il est difficile de ne pas connaître Aelanna Tesla, la chasseuse de primes au corps de machine. Le communiqué officiel n'en fera pas mention. Nous n'aurons qu'à dire...
    - Vous n'aurez qu'à dire qu'il s'agît là de l’œuvre de Némésis, la déesse de la vengeance, répondit Aelanna."

    La jeune chasseuse de primes partit rejoindre ses hommes, et ensemble ils décollèrent à bord de leur Constellation. Les agents de l'Advocacy n'étaient pas repartis. L'un d'eux ramena le caisson hermétique à bord de l'Avenger sans y avoir installé Eric Magnus. La jeune agent sortit un pistolet, et le pointa en direction du terroriste. "Vraiment navrée, mais j'ai reçu des ordres. Ç'aurait été avec plaisir que je vous aurais ramené jusqu'à l'une de nos bases pour que vous y soyez étudié. Quel gâchis." Le coup partit et un trou béant ornait désormais le crâne de Magnus, duquel s'écoula quelques instants un flot rouge et visqueux. "La déesse de la vengeance... que pense-t-elle de celle-ci ? M'est avis que les hommes de Magnus ne seront pas ravis d'apprendre que leur chef a été abattu comme un chien, pieds et poings liés." Elle rangea son arme, et abandonna le cadavre. L'Avenger décolla, et en quelques instants, plus aucun vaisseau ne survolait le ciel.
     
    Corio et Aelanna aiment ça.
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